Des feuilles tombées des arbres.

Pour réfléchir un peu, ne pas trop s’enfermer dans des postures, essayer de composer le chemin d’un futur spéciel…

Contribution aux pensées en mouvement. Pour que rayonnent des ZEG! (zone d’extension de la Gemeinwesen)

Deux extraits  d’ »Inversion et Dévoilement » texte de Jacques Camatte.

« Au niveau individuel, comme au niveau de l’espèce, une rupture trop
radicale, une discontinuité trop soudaine, se révèlent néfastes parce que, du fait de
l’effondrement subit des prothèses, des défenses, et de l’évanescence des supports,
d’immenses remontées se produisent génératrices de violences difficilement
contrôlables, entraînant une impossibilité de se positionner, signe d’une immense
crise de la présence.
La discontinuité qui doit advenir devrait se dérouler au cours d’un procès
continu d’élimination de tout ce qui inhibe le développement de l’individualité, de
l’espèce, à partir d’une inversion totale du comportement des hommes et des
femmes. »

 

« Telle est la situation qui impose l’inversion.
Maintenant il est possible d’esquisser comment se présente la dynamique d’inversion dévoilement[130] – qu’on peut
désigner aussi inversion et émergence, celle-ci pouvant être considérée comme le contenu du dévoilement – qui nécessite un
cheminement, préparé par celui de quitter ce monde, qui doit nous permettre de nous rendre apte à saisir et à percevoir la
naturalité et, au cours duquel, se produira l’émergence d’un nouvel être. Cette inversion, rappelons-le, s’impose à la suite
d’un dévoilement consécutif à la perception profonde d’une impasse, d’un blocage, forçant l’individu à trouver une solution
hors du champ de ce qu’il a vécu jusqu’alors et, à partir de là, divers dévoilements s’opèreront lui révélant les possibles
masqués habituellement par le recouvrement et par la réduction qu’il subit enfant, ainsi que ceux des hommes et des femmes
ses contemporains et contemporaines, l’amenant à accéder à la dimension individualité-Gemeinwesen. Ceci est également
vrai au niveau des groupes, des collectivités.
Cheminer hors de ce monde n’est plus suffisant car il convient d’opérer comme s’il n’existait plus du fait même qu’il
a perdu sa signification, sa nécessité. On ne peut qu’indiquer les fondements du nouveau comportement que nécessite cet
autre mode de cheminer dont le fondement essentiel est la cessation de toute forme de répression, parentale ou sociale.
Comment peut-on envisager une dynamique de vie où la répression ne s’impose plus dés lors qu’on a perçu son
immense nocivité et ses fondements originels? Là est le point déterminant car la répression fonde notre psychisme et notre
environnement, notre milieu, puisqu’il y a répression de la nature. Réprimé, nous évoluons dans un monde réprimé et une
nature réprimée. Pour invertir notre comportement il faut invertir toutes les relations entre les hommes et les femmes et entre
l’espèce et la nature. Le psychisme dans son sens le plus ample est ce qui nous présentifie et permet de nous actualiser, de
nous rendre effectifs à tout moment, en même temps que nous sommes aptes à enregistrer l’affectation qu’imprime en nous
le milieu où nous évoluons qui ne se limite pas à notre environnement immédiat. L’inversion va permettre le dévoilement de
l’individualité-Gemeinwesen et celui de Homo Gemeinwesen et, dans l’immédiat, elle consiste dans la dynamique de se
déterminer par rapport à leur émergence et non par rapport à la catastrophe, et à l’extinction possible.
Cheminer en affirmant son pouvoir de vivre et son amour qui ne se limite pas à un ou quelques êtres particuliers. Dés
lors ne se pose en aucune façon la question de la prise du pouvoir et celle de la séduction.
La dynamique essentielle vise à retrouver la continuité et de mettre fin à la séparation, résultant de la répression, qui
opère actuellement à tous les niveaux à l’intérieur comme à l’extérieur des hommes et des femmes. Il ne s’agit pas d’une
simple inversion par exemple réunir ce qui a été séparé et de faire le contraire de ce qui est advenu car il s’agit de révéler ce
qui fut escamoté, scotomisé, laissé en sommeil. Elle se déploie en un immense dévoilement rayonnant. »

Le texte d’origine se trouve sur le site de la Revue Invariance

Vers la fin du monde en place

 

Une force s’avance. D’innombrables mouvements posent l’antagonisme au capital et au monde sous sa domination, composent la réalité de son effondrement à venir. Elle est le cauchemar des tenants du monde en place, elle est le présent d’une révolution à venir. Cette force n’a pas encore de nom.

 

Elle s’est exprimée au printemps 2016 en France (entre mille autres !).

 

Un formidable courant d’air frais a déblayé l’atmosphère ambiante, empuanties par les insanités mediatico-politiques, de la logique guerrière que nos gouvernants agitent pour tenter d’imposer un  consensus totalement artificiel contre des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Les dictats de l’économie politique s’ en sont trouvés provisoirement contestés  et l’agitation sociale a contraint journalistes, politiques et autres chroniqueurs du monde en place, à mettre en sourdine les logorrhées mystificatrices autour d’un soi-disant choc des civilisations, d’une question musulmane fantasmée ou d’une identité nationale sortie des poubelles de l’histoire. Mieux vaut respirer la fumée des lacrymogènes que les effluves de l’escroquerie mentale perpétuée par les rackets en place. Au moins cela dit une partie de la réalité, raconte une vérité émergente…

Courant d’air salutaire donc qui a rafraîchi les esprits. Les syndicats se sont clairement positionnés dans le camp d’en face, comme de pauvres pions dans le dispositif de gestion et de défense de la société capitalisée: certains rêvent de s’adonner à la modernité co-gestionnaire quand d’autres labourent le sillon du contrôle intérieur du mouvement, le suivant pour mieux le canaliser ou l’instrumentaliser afin de garder une petite influence dans le champ politique, du moins en rêvent-ils…. Rafraîchissement d’une mémoire que quelques fakirs auraient voulu escamoter…. La volonté qu’il n’ y ait ni loi ni travail, exprimée contre la loi « Travaille ! », a mis en lumière l’absolu désintérêt des protagonistes d’une belle partie du mouvement, travailleurs syndiqués compris,  pour les gesticulations théorico-juridiques visant à adapter la réalité règlementaire à la fureur capitaliste.

Après les obscènes célébrations prospérant sur l’émotion et la douleur suscitées par les meurtres de masse commis par des assassins fanatisés et défoncés, le vivifiant « tout le monde déteste la police » a aussi ramené la réalité du quotidien sur le devant de la scène. Les forces de maintien de l’ordre pratiquent la paix des tombes, la rhétorique d’abandon de la peine de mort judiciaire n’arrive pas à masquer la réalité de la peine de mort dans la rue. Le contrôle tous azimuts déployé par les législateurs et renforcé par l’état d’urgence, la visibilité du déploiement policier et militaire, visent à créer un climat d’angoisse où doivent s’étouffer toutes les contestations. Les techniques de nasses dans les manifestations visent à tenter de diviser les participants (sans grande réussite) mais aussi à alimenter la tension en tentant d’insécuriser toute une partie des manifestants. Tout comme la violence judiciaire s’est abattue sur les ouvriers de Goodyear condamnés à des peines de prison ferme pour n’avoir pas voulu être jetés dans les poubelles du profit, comme l’hystérie politico-judiciaire s’est déchainée pour  la chemise déchirée d’un DRH ou d’une voiture de police incendiée. C’est tellement plus terrifiant que les mises au chômage massif qui condamnent des familles entières, que le déchainement de violences policières, que l’humiliation de devoir travailler chaque jour pour ne pas vivre…  Cette stratégie de la tension agit en complément du terrorisme politique de l’économie. La capitalisation acharnée des sociétés produit un fractionnement toujours plus féroce, se voudrait propice à l’accroissement de la domestication. Précarité partout et productivité tout le temps, personne ne doit se sentir en sécurité, tout le monde doit avoir conscience de la toute puissance d’un système qui tente de se renforcer dans la crise. Le prolétariat défait ne peut plus s’opposer seul aux forces de l’accumulation.  La société capitalisée prospère sur le désarroi personnel et l’errance sociale, créant ainsi le besoin de son rapport social, de la communauté/capital comme horizon indépassable de la vie. Tous nous y contribuons. Seuls quelques éclats fracturent cette réalité pour laisser entrevoir la vérité d’une autre vie.

D’abord défaire ce monde donc.

Cet air d’impossible s’est trouvé l’espace d’une saison recouvert par un voile plus chatoyant sur lequel des rêves pouvaient recommencer à s’esquisser. Des rencontres se sont nouées, des affinités dévoilées dans la complicité d’une respiration commune. Le possible d’une puissance en germe s’est entrevu.

Après un nouveau meurtre de masse et un misérable attentat, l’été mauvais est venu. La litanie obscène de discours obsédants matraque un corps social pris dans la mâchoire de la peur : D’un côté les souffrances, la douleur et l’horreur provoquées par des attentats sanglants, d’une atroce simplicité et de l’autre la geste étatique impitoyable d’un gouvernement zélé cherchant à lever les obstacles encore existants à une exploitation accrue de la force de travail et à une soumission sans faille à la marchandise. La domination du capital cherche à englober après les avoir stimuler, toutes les contradictions opérant au sein du vivant et se reproduit d’autant plus sûrement en tentant de lever tous les freins qui pourraient les contenir. L’avenir de notre espèce tient au dépassement des contradictions inclues dans le rapport social du capital.

 

Ce printemps, des mains éclairées l’ont écrit sur les murs, des gorges joyeuses l’ont crié: il s’est passé  le commencement du début, d’un début….

 

Le commencement dure depuis quelques temps, ici et là sur le globe: de l’avenue de la libération à Tunis au quartier d’Exarchéïade à Athènes, des places Tahrir et Maïdan, de Taksim à Ouagadougou, du Chiapas aux picheteros argentins , du val de Susa à ND des Landes, de Johannesburg au kurdistan syrien en passant par l’Inde et la lutte contre le barrage de Mapithel, des énergies, des forces, des êtres humano-féminins se lancent dans la folle aventure de la vie, défiant soudain la gouvernance de la survie. Ce ne sont pas les mouvements d’une classe en tant que telle, mais les fragments d’une partie de l’humanité qui pose l’émergence en cours d’un autre chemin qui s’éclairera d’être parcouru.

Ça c’est une partie du commencement mais pour aller vers quel début ?

Ce qui est posé par ces mouvements, par ces affirmations c’est une actualisation d’un être au monde, d’un mode d’être vivant, en continuité avec une affirmation : il nous faut une autre vie, une vie en rupture avec un devenir hors-nature, une vie où la communauté humano-féminine soit l’avenir de notre espèce.

Peut-on y voir les prémices d’une force générale visant au redéploiement de l’activité humano-feminine au sein du monde vivant, de la biosphère et du cosmos afin  de se refonder dans une communauté multiversale du vivant où les individualités affirmeront leur puissance rayonnante et participative. Cette tension n’est-elle pas celle qui s’exprime contre le mouvement actuel du capital? La fin potentielle  du capital s’affirme de façon toujours plus catastrophique pour l’écrasante partie des hommes et des femmes. La sixième extinction a commencé, la biosphère est partout agressée sous les coups de comportements générés par son déclin destructeur. Mouvement fou qui décuple sa puissance au fur et à mesure de sa chute. Les plus puissants en son sein, les firmes les plus exagérément riches l’ont bien compris qui par des idéologies futuristes telles le transhumanisme ou la singularité cherchent à profiter de la force accumulée pour tenter une sortie de secours hors-sol, spacialisée, robotisée dans le cadre d’une micro espèce auto-suffisante sur terre ou sur mars, sous cloche au milieu de réserves « naturelles »! **

Peut-on penser que le futur de notre combat est bien là, entre les forces porteuses d’une immédiateté meurtrière, privée d’avenir mais enragée dans la reproduction de son rapport social de domination et les forces œuvrant avec tout le phylum de l’espèce humano-feminine sur leurs épaules, avec toute l’insouciance des explorateurs, avec toute la joie d’avoir les mains dans le vivant, à régénérer la nature, à s’extraire de l’ontose et de la spéciose pour découvrir notre nouveau monde, notre nouveau mode d’être en vie. Débarrassé de la propriété privée, de l’échange marchand, de la valeur, de la spéculation, de l’accumulation, de l’argent et du travail ainsi que de tous les moyens de production inutiles à ce nouvel état du monde, nous pratiquerons penserons et participerons aux moyens de réaliser la jouissance de la vie, collectivement en tant qu’espèce, personnellement en individualité rayonnante. C’est cette communauté en devenir qui immédiatement pose notre présent et son auto-activité (auto-production).

La capacité d’englobement des antagonismes pour les recycler au sein de sa propre dynamique semble avoir atteint ses limites. Ce rapport social englobant existe toujours et son procès de totalisation est féroce mais la force du choc qui oppose les deux forces antagoniques reste à découvrir et avec elle la nature du dépassement que nous devons opérer en tant qu’espèce.

Dans l’ensemble des mouvements affirmant un antagonisme au capital, se manifeste de plus en plus ouvertement la nécessité de faire sécession. On peut dire qu’au delà de la multitude des spécificités, ce qui « acommune »" un grand nombre d’expressions théoriques ou pratiques c’est bien l’émergence d’une nécessité à produire ou à générer  une vie hors et contre le monde du capital. Certes les chemins pour y parvenir hic e nunc semblent à la fois abrupts, á la fois praticables très vite et à la fois perçus et envisagés très différemment selon les familles de pensées et les traditions politico-historiques ou géographiques, héritage du capital dont trainons les oripeaux. Cela disparaîtra peut-on penser avec l’activation…. La révolution n’est jamais un but mais le moyen d’aboutir à quelque chose d’extraordinaire où la force génératrice liée à la tension individu/communauté mettra en œuvre une praxis faisant sauter tous les verrous et libérant la puissance de cette relation entre individu et communauté.

La société capitalisée ne tombera que lorsqu’elle sera débordée par le surgissement de cette force multi-forme rapide et puissant comme des trombes d’eau, par l’éruption sans sommations d’innombrables affirmations de l’effectivité d’une vie produisant ses conditions d’existence directement et immédiatement en dehors du rapport social capitaliste. Ce phénomène entrainera la chute du capital et du monde de l’économie-politique désagrégé par la puissance capillaire de ce qui se produit.

 

Il serait peut-être de l’intérêt commun de toutes celles et tous ceux qui sont ou qui entrent dans la perspective de participer à l’émergence d’un mode d’être au monde libéré de la domination du rapport social capitaliste de mettre en œuvre un début de synthèse de ce qui s’exprime à travers le désir, la théorie et la pratique de cette perspective, dans la clarté et la transparence de chaque affirmation (y compris dans ses aspects contradictoires, nous ne sommes pas menacer par un excès de réflexions). Comment se rencontrent sécession et communisation, destitution et processus révolutionnaire ?  Comment l’auto-activité globale et immédiate participent de la totalité de ce qui est la vie durant les occupations, les blocus, l’établissement de lieux de vie, les pratiques alternatives d’action directes contre les réalisations du capital, les manifestations, les affrontements, les émeutes voir l’insurrection ? Comment spontanéité, immédiateté et mouvement se combinent avec organisation de l’activité, imagination du futur, montée en puissance et éternité de la présence au monde de chacun/chacune ?

 

C’est une question mondiale, à poser d’emblée mondialement, pour que toutes et tous nous puissions boire à toutes les sources, que nous ingérions dès aujourd’hui les différents sens embarqués sur les flots du tsunami qui vient. Que les chants de l’être-avoir de partout nourrissent la réalité d’une nécessité impérieuse à confluer dans la communauté de notre espèce, nous donnant dès aujourd’hui les armes mentales, psychiques pour ne pas se laisser embarquer individuellement et collectivement dans des combats qui ne sont pas les nôtres, L’exaspération mortifères des contradictions utiles au monde en place ne peut pas nous contraindre à la tentation de choisir l’un des camps dans la dynamique de concurrence entre les différents rackets en action. Sans foi, sans loi, sans croyance ni superstition, les usages que nous mettrons en place le seront à titre humain dans la coopération avec les autres espèces animales ou végétales. Rien de parfait ne sortira de cela, simplement une autre dynamique de vie plus apte à garantir l’épanouissement et la sécurité au sein d’un procès de production de la vie permettant de réparer les mutilations subies et de se redéployer dans la jouissance de l’être au monde.*

 

 

* Il n’y a évidemment pas de calendrier pour la manifestation de ce phénomène dissolutoire du capital. Cela peut advenir demain ou dans cent ans ou dans mille ans. Il ne s’agit donc pas de vivre dans l’attente d’un moment messianique, ni de commencer à écoper les canots d’abordage mais d’être en place, agents participatifs ou réalités désirantes, d’être positionné dans le processus.

 

 

**Si ce projet triomphe, ce ne sera alors simplement que la fin d’une civilisation comme il y en eut d’autres, l’extinction d’une période de l’histoire. Fin du monde connu, fin de leur monde ou fin de l’humanité ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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